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REBELLE

Publié par CELLULO sur 29 Juin 2012, 11:50am

REBELLE

Faut-il aimer le dernier Pixar ?

Toy Story, Le Monde de Nemo, Monstres et Cie, Wall-E… Dans le cœur des spectateurs, Pixar, depuis 1995, n’a jamais été détrôné. Pourtant, depuis trois ans, la firme à la lampe de bureau connait quelques travers. Des remaniements administratifs, un semi- échec commercial et critique (Cars 2), une concurrence des plus féroces… C’est dans ce contexte, quelque peu inattendu pour le studio, que le film Rebelle a vu le jour. Une période difficile où les pontes décidèrent de se concentrer sur des suites (plus ou moins faciles), afin de rentabiliser au maximum leurs valeurs sûres et fidéliser le spectateur. Rebelle, récit original d’une princesse écossaise, est donc un film rescapé, ayant bien failli passer à la trappe. Brenda Chapman (réalisatrice du Prince d’Egypte de Dreamworks) fut l’initiatrice du projet puis après quelques déconvenues fut rapidement remerciée et remplacée par Mark Andrews. Un jeu de ping-pong que l’on imagine serré et semblable à une guerre d’egos. Pourtant rien ne transparait à l’écran, le projet semble homogène, fidèle à une volonté éclatante de revenir à une valeur essentielle du studio Pixar : raconter une bonne histoire, avec toute l’authenticité que l’exercice exige.

Alors, faut-il aimer Rebelle ? Sans aucun détour possible, oui.

On avait presque failli perdre la foi. Pixar, enseveli sous le mastodonte Disney qui a racheté le studio il y a maintenant 6 ans, s’est effectivement plié aux règles du marché cinématographique. La décadence s’est soudainement faite sentir. Des annonces de suites à la pelle (Toy Story 3, Cars 2, Monstres et Cie 2, Les Indestructibles 2…) et l’annulation de projets prometteurs ont en effet entaché le mythe, déconcertant les amateurs du genre désormais persuadés que le studio n’était désormais apte qu’à servir de bons petits plats, certes, mais néanmoins réchauffés. Une appréhension légitime confortée par la déception Cars 2. Pixar se devait de relever la barre, d’asseoir son statut hégémonique de créateur de contenu exclusif. Pour ce faire, il fallait revenir aux sources, aux raisons du succès et rien de tel qu’un simple conte, une légende intemporelle pour que la magie opère à nouveau.

Rebelle est un tour de force, renouant avec l’audace des premières heures et tire largement son épingle du jeu face aux concurrents épuisés. D’une splendeur effarante, quasi hallucinatoire, le film baigne en effet dans un environnement d’une perfection visuelle jamais atteinte, flattant à chaque seconde notre regard désormais acclimaté aux productions numériques. Comme si l’on découvrait pour la première fois les possibilités que présentent la création 3D, on se surprend à baver devant cette nature luxuriante des Highlands d’Ecosse, magnifiée par une photographie faisant du pied aux plus grands peintres impressionnistes. Du jamais vu ! L’utilisation de la 3D stéréoscopique n’est plus à justifier, elle est ici indispensable pour apprécier pleinement le travail des animateurs. Mais au-delà de cette prouesse visuelle, Rebelle recèle en son cœur un récit des plus riches. D’une simplicité effarante à première vue, le film prend pourtant les attentes du spectateur à contre-pied, osant même développer une trouvaille scénaristique risquée mais particulièrement grisante. Laissant l’aventure à outrance et les péripéties hasardeuses aux productions Dreamworks et Fox, Pixar privilégie ici le temps, l’atmosphère, la beauté d’un conte. Alors que les histoires de princesse et de magie semblent largement avoir fait place aux décoiffantes épopées d’animaux et monstres en tous genres dans l’imaginaire des enfants, Rebelle tape du poing en conciliant l’art ancestral du conte oral avec les attentes d’un public averti. Respectant le schéma habituel d’une destinée pleine de promesses étouffée par les codes et les conventions, le dernier cru Pixar est un joli pied de nez aux productions contemporaines, visiblement axés sur la performance et l’agitation, laissant souvent de côté la véritable création artistique et l’authenticité. Quoi de mieux donc pour revenir aux traditions que de faire le récit quasi mythologique d’une jeune femme en mal de reconnaissance cherchant à écrire son propre futur sans pour autant renier son lignage ? C’est une question sans nul doute maintes fois posée mais qui prend ici tout son sens à l’heure où le studio tente fortement de reconquérir son audimat et réveiller son génie. Un studio qui tente de rassurer ses spectateurs en leur expliquant que malgré les changements à venir, rien de ce qui a été fait n’a été oublié et que l’on peut évoluer, grandir, sans pour autant renier ses origines.

Pixar ne sort pas l’artillerie lourde, ne lorgne pas sur ses camarades, ne tente jamais l’excès de zèle et prend tranquillement une route que l’on espère longue et prospère : celle de vouloir raconter de belles histoires, avec sincérité. Rebelle, de ce point de vue, est une superbe réussite.

C.LULO

PS : A voir impérativement en version originale.

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