Oh Boy, c’est un peu l’adaptation ciné-indé de VDM. Niko, en 48h, perd sa copine, se fait retirer son permis de conduire et sa carte bleue -son père lui coupe les vivres après avoir appris qu’il n’allait plus à la fac depuis deux ans-, doit faire le psy avec son voisin dépressif, se fait casser le pif par un loubard alcoolo, etc… Bref, c’est la merde. Niko est de cette génération perdue, coupable, incapable de s’adapter à un environnement où ceux qui n’ont pas réussis sont marginalisés. Coincé dans une sphère bétonnée dont les chemins ne sont que des boucles infinies, l’éternel rêveur est en mal d’horizon. Berlin étouffe, Berlin pleure, Berlin est une cité en noir et blanc dont les espérances semblent être toutes éteintes. On y ressasse le passé, indéfiniment, d’Adolf Hitler à une camarade de classe un peu grosse, Berlin est pour Niko une cellule de dégrisement dans laquelle on servirait de l’alcool. Il n’en sort plus.
Pourtant, le cinéaste allemand Jan Ole Gerster déploie face à ce spleen monumental une armée de microscopiques bouffées d’air. Ces petites revanches, constantes, à peine perceptibles mais salvatrices permettent au long-métrage de ne pas se noyer dans son verre à moitié vide. Une course dans le métro, un fauteuil vibrant, une balle de golf bien envoyée suffisent parfois à redonner goût à ce qui n’en a plus. Pour le spectateur, c’est un sourire franc qui s’esquisse au moment où on ne l’attendait pas. De la joie.
Niko est avant tout un homme désabusé, en quête de caféine, qui porte en lui un cynisme élégant et une candeur réconfortante… Ses multiples rencontres, dans un contexte où la solitude semblerait lui aller comme un gant, participent à établir une cartographie fascinante de l’âme humaine, tour à tour admirable et pathétique. Assez simplement. Alors le film se laisse vivre, prend son temps, n’accélère le rythme qu’au grès de morceaux jazzy d’une belle couleur dans cet imagerie grisâtre. A y regarder de plus près, ce film est certainement un beau reflet. Celui qu’on ne veut pas voir mais qui nous regarde dans les yeux. On en fait ce qu’on veut.
C.Lulo
