En 1982, Elliot, un petit garçon de dix ans s’entichait d’un bonhomme venu de l’espace surnommé E.T. Une trentaine d’années plus tard, la quarantaine approchant pour Elliot, que ce serait-il passé si l’extra-terrestre n’était jamais rentré au bercail ? La réponse est au cœur de la comédie fantastique de Seth MacFarlane, TED, l’excellente surprise de cette rentrée.
30 ans se sont écoulés depuis que Ted, une peluche vivante, a débarqué dans la vie de John Bennett. Passé l’effet de surprise, Ted est aujourd’hui devenu un citoyen lambda ou presque dont la vie se résume à s’aligner des bières, mater des séries B, se titiller le nœud tout doux sur son PC, se fumer pétard sur pétard tout en essayant mollement de se trouver un job. En bref, la vie de millions de sympathiques branleurs. Ted, dans notre société vaccinée du spectaculaire, n’a pas de traitement de faveur. Il galère, comme tout un chacun. Seul son poto de toujours, John Bennett, reste d’un soutien sans faille et un ami fidèle. Les deux hommes sont proches, amoureux de cette jeunesse qui les berce et qu’ils ne souhaitent pas voir s’envoler… A l’instar du film de Spielberg, l’une des œuvres les plus emblématiques sur l’enfance du cinéma hollywoodien, TED est une chronique du désenchantement. Brillamment écrit par Seth MacFarlane à qui l’on doit deux des meilleures séries animées contemporaines -American Dad, Les Griffin-, TED s’inscrit dans cette lignée de comédies américaines dont l’écriture fine et la portée sociétale ne sont pas à ignorer. 30 ans se sont donc écoulés depuis la sortie d’ET qui faisait pour la première fois un portrait sincère de la famille moyenne américaine.
Aujourd’hui, les modèles ont encore évolué, les relations de couples sont bouleversées et les schémas ne cessent de se multiplier. A sa façon, Ted relate les avancées d’une société sur les questions d’amour, d’amitié ou de rapport à l’autre… L’humour est l’arme fatale de Seth MacFarlane. Et quelle arme de destruction massive ! Utilisant tout autant le gout du bon mot et de la réplique qui fait mouche, il jongle également avec le scato dans une des scènes les plus hilarantes du cinéma contemporain, se permet des cameos brillants rappelant les grandes heures de Mel Brooks et parvient à émouvoir en rattachant cet imbroglio humoristique au monde fantastique de l’enfance tel que défini dans le cinéma de Spielberg. Les références sont lourdes à digérer et malgré quelques micro-sorties de course, Seth MacFarlane n’est jamais vulgaire, grossier ou au contraire pudibond et moraliste, il fait, mine de rien, grandir la comédie américaine. Son cynisme joyeux, son entêtement, sa rage de faire rire et sa culture pop sont autant d’excellents atouts qui se révéleront des plus admirables dans les prochaines années. Ce Ted tâtonne parfois mais révèle un talent indéniable. Partant d’un humour générationnel, l’auteur tend vers l'universel. MacFarlane a de grandes comédies devant lui. Un cinéaste est né.
C.Lulo